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14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 17:06

La question a une fois de plus été soulevée suscitant de nouveau les caricatures et raccourcis habituels des postures politicardes de droite comme de gauche.

 

Une drogue est une substance induisant une modification du comportement et/ou entrainant une dépendance.

Le cannabis au même titre que le tabac, l’alcool, la cocaïne, l’héroïne… est donc une drogue.

Certaines drogues sont légales (tabac, alcool, médicaments psychotropes), d’autres illégales (cannabis, cocaïne, héroïne…)

Or il est observable au regard du  Rapport sur la dangerosité des produits par le professeur Bernard Roques, membre de l'Académie des sciences, que ce classement entre drogues licites et drogues illicites n’est pas nécessairement en lien avec leurs propriétés pharmacologiques et les problèmes et risques sanitaires et sociaux liés à la consommation de ces produits.

 

Facteurs de dangerosité des drogues, selon le rapport Roques (1998)[

 

Dépendance physique 

-          Très forte : héroïne, alcool

-          Forte : tabac

-          Moyenne : benzodiazépine

-          Faible : cocaïne, psychostimulants, cannabis

 

Dépendance psychique

-          Très forte : héroïne, alcool, tabac

-          Forte : cocaïne, benzodiazépine

-          Moyenne : psychostimulants

-          Faible : cannabis

 

Neurotoxicité

-          Très forte :

-          Forte : alcool, cocaïne, psychostimulants

-          Moyenne :

-          Faible : héroïne

-          Nulle : tabac, cannabis, benzodiazépine

 

Toxicité générale

-          Très forte : tabac

-          Forte : héroïne, alcool, cocaïne, psychostimulants

-          Moyenne :

-          Faible :

-          Très faible: cannabis, benzodiazépine

 

Dangerosité sociale

-          Très forte : héroïne, cocaïne

-          Forte : alcool

-          Moyenne :

-          Faible : psychostimulants, benzodiazépine, cannabis

 

La dangerosité du cannabis tant sur la santé que dans le lien social est donc minime et insignifiante en comparaison de l’alcool et du tabac qui eux sont légaux.

Et je ne m’attarderai pas sur les chiffres effarants des maladies et des décès provoqués par la consommation d’alcool et de tabac ni même sur le procédé des fabricants de cigarettes qui introduisent quantité de poisons pour rendre le fumeur dépendant dès la première clope. Cela est suffisamment connu à ce jour.

Il ne s’agit pas dans le cadre de cet état des lieux de justifier une légalisation du cannabis au regard de la libre consommation d’alcool et de tabac mais de faire prendre conscience d’une incohérence législative sur l’usage des drogues, d’un double discours de politiques et surtout de la réalité des facteurs de risque de chaque produit.

 

Je peux entendre le positionnement qui consiste à refuser la légalisation du cannabis afin de ne pas mettre une nouvelle drogue dans le circuit de libre consommation.

Mais que vaut cette position d’un point de vue sanitaire, social et préventif au regard de la réalité des faits ?

1.       L’illégalité de la consommation du cannabis n’est nullement un frein à sa consommation qui ne cesse de progresser. Toutes les politiques d’empêchement sont en échec depuis plusieurs décennies.

2.       L’illégalité de sa vente engendre une économie parallèle, souterraine hors contrôle où les dealers et caïds établissent leur pouvoir et font des bénéfices,  entraînant dans leur sillage une jeunesse désœuvrée en  recherche d’argent facile.

3.       L’illégalité de sa production induit une mise sur le marché de produits sans aucun contrôle sur les modes de culture et éventuels additifs pouvant s’avérer bien plus nocif que le cannabis lui-même.

 

La question est conservons-nous la même ligne avec les résultats que nous connaissons ou adoptons-nous une autre stratégie ?

Quel intérêt de maintenir une politique ayant échoué et induisant bien plus d’effets négatifs que le mal qu’elle est censée combattre ? Le refus de se déjuger ? Vouloir maintenir l’illusion qu’à coup de descentes médiatiques de policiers et de chiens dans les collèges on garde sous contrôle une situation ?

Une politique ayant échoué n’a nulle légitimité à être maintenue.

 

Quelles pourraient être les conséquences d’une légalisation de la production et de la vente du cannabis ?

1.       La réglementation et le contrôle sanitaire de la production favoriserait l’émergence d’un produit naturel et propre. Quitte à consommer du cannabis, autant proposer un produit de qualité.

2.       Une vente libérée sous couvert d’une réglementation comme c’est le cas pour les débits de boisson et de tabac casserait l’économie souterraine contrôlée par les dealers, comme cela s’est produit avec la fin de la prohibition de l’alcool.

3.       Une vente libérée casserait le lien entre le consommateur et le dealer.

4.       Une vente réglementée induirait comme pour tout produit une TVA et/ou une surtaxation donc des recettes financières nouvelles pour l’Etat. L’Etat le fait déjà pour l’alcool et le tabac sous couvert officiel de salubrité publique mais surtout parce que cela représente une manne financière ô combien précieuse et facile. Et cet argent est quand même mieux placé dans les caisses publiques  que dans les poches des dealers.

Cette politique permettrait-elle une baisse de la consommation du cannabis ? En aucun cas mais là n’est pas son objectif. Il s’agit de sécuriser une consommation qui existe et qui est actuellement totalement hors contrôle.

Cette politique peut-elle favoriser la consommation du cannabis ? Son interdiction n’est pas un frein à sa consommation, rappelons-le. Sa légalisation peut effectivement conduire un public qui n’aurait pas osé franchir l’interdit à découvrir un tel produit.

On objectera évidemment que tout héroïnomane a commencé par un joint. Oui, comme tout alcoolique a commencé par un verre, comme tout joueur compulsif a commencé par un pari. Sauf que tout fumeur ne devient pas héroïnomane car il n’y a pas de lien entre les deux. C’est aussi une vérité et une réalité scientifique.

 

La légalisation du cannabis ne règlera aucunement la question de la toxicomanie et de l’usage de la drogue.

Elle se veut être une réponse à une réalité incontestable générant bon nombre de problèmes dans l’objectif de les atténuer. Et doit impérativement s’inscrire dans une politique sanitaire de contrôle et de réglementation de la consommation comme c’est le cas pour l’alcool.

Je peux tout à fait comprendre que ma position puisse choquer, être interprétée comme une incitation à la consommation d’une drogue ou du moins à une coupable renonciation.

Dans un monde idéal nul ne recourrait à quelque drogue que ce soit. Mais le monde réel n’est pas le monde idéal. Et nier le monde réel dans l’espoir d’accéder à une vie rêvée ne participe pas à transformer positivement le vrai monde.

Entre un mal et un moindre mal, je choisis raisonnablement le moindre mal. Entre une politique qui a constamment échoué depuis des décennies et une politique qui peut apporter des réponses et des solutions même imparfaites, je choisis le résultat.

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