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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 17:39

Qu’est-ce que l’hédonisme ?

L’hédonisme est la recherche de la vie de plaisir sous toutes ses formes pour soi et pour autrui.

C’est la réappropriation de sa vie pour la vivre pleinement ici et maintenant sans faire de mal.

C’est la réhabilitation du corps, du matérialisme sans nier les plaisirs de l’esprit. C’est apprécier tout simplement ce que la vie peut nous offrir tant sur un plan physique que moral ou spirituel.

L’art de jouir et de faire jouir sans nuire à soi et à autrui pour reprendre la définition de Michel Onfray dans Manifeste hédoniste.

 

Ce n’est pas de Michel Onfray dont je parlerai.

Mais d’une réflexion personnelle forgée par mes lectures dudit auteur et d’un ouvrage que j’avais dévoré il près de 2 ans : « On peut se dire au revoir plusieurs fois » de David Servan Schreiber.

 

DSS est en fin de vie, dévoré par son big one : la récidive ultime de sa tumeur au cerveau.

Bien que très affaibli, il nous livre un livre témoignage, hymne à la vie, au plaisir de chaque souffle, de chaque petite perle de bonheur que le commun des mortels ignore trop souvent car absorbé par la course après le temps, la recherche du tout contrôle et celle de la perfection.

 

Notre vie peut en effet se transformer en une tragédie en 3 actes.

 

 

Acte 1 : La course contre le temps

 

Cette course nait du refus de notre mortalité : parce que je vais mourir je m’empresse à vouloir tout faire, tout et tout de suite.

Nous agissons comme si nous devions accomplir moult de  choses en un temps limité.

La recherche de la profusion, de la quantité comme si au moment ultime de notre existence, le bilan d’une vie réussie se comptabilisait à la longueur de la liste des actions réalisées.

La recherche de l’ivresse, du trop plein, la peur d’être submergé par le regret, la peur d’être pris de court, de ne pas avoir eu assez de temps pour faire tout ce que nous aurions pu ou voulu faire.

 

Sauf que l’on  ne court pas après le temps.

C’est le temps qui nous rattrape, qui se dérobe sous nos pieds agissant tel un compte à rebours.

Tic tac tic tac. Entendez-vous cette fuite du temps ?

Chaque seconde qui passe n’est pas un gain de vie en plus, c’est une seconde qui nous est décomptée d’un capital initial, programmatique, limitatif qui s’étiole.

Le temps c’est le sablier qui nous précipite dans sa chute inexorable pour nous basculer vers le néant froid et éternel.

Il est donc illusoire de nous bâtir une liste de choses à faire pendant notre vie. Ce que nous faisons et ferons dépend certes de nous mais surtout du décompte final.

 

L’essentiel n’est donc pas tout ce que nous réalisons, mais comment nous le réalisons, les émotions que cela nous procure, la jouissance de l’acte.

Or dans la course effrénée contre le temps nous n’avons plus guère loisir de jouir car à peine achevé une tâche, nous voilà dans la précipitation de la réalisation d’une autre, dans cette course effrénée de l’atteinte des objectifs donnés.

 

Prenons plaisir à faire ce que nous faisons, ayons une vision qualitative de l’accomplissement car seul ici et maintenant existe et est maîtrisable.

Soyons tel cet homme cassé de mille pièces par un accident qui se remplit de joie à chaque pas réalisé sonnant comme une victoire contre la paralysie. Soyons cet homme qui savoure son verre de vin quand d’autres s’attristent de le voir se vider.

Soyons cet homme d’une réalisation même inachevée, modeste, anodine mais à travers laquelle nous nous serons réalisés, nous aurons pris plaisir de faire, nous aurons éprouvé satisfaction et fierté à chacune des petites avancées.

Soyons cet homme plutôt que de courir après moult lièvres, s’épuiser, se stresser, être dans l’insatisfaction permanente, menant une course, que dis-je, une quête effrénée.

 

Car faute d’avoir su savourer le présent, de se poser, observer, apprécier, nous serons finalement passé à côté de tout, de toutes ces petites sources de bonheur quotidien, ces perles de vie si fugaces.

 

Le présent… seul le présent existe.

Certes demain se construit aujourd’hui. Mais demain reste incertain alors que ici et maintenant, nous sommes, nous existons, nous vivons.

CARPE DIEM.

 

 

Acte 2 : La recherche du tout contrôle

 

Il y a chez nous cette dérive narcissique qui consiste à penser qu’hors du moi, notre moi, point de salut.

La volonté du tout contrôle repose sur la croyance que le moi, seul, peut parvenir à l’objectif de la réalisation visée. «  Il vaut mieux que je le fasse moi-même sinon ça ne sera pas bien fait. Autant que je le fasse moi-même ça ira plus vite ».

 

La toute puissance du moi et surtout cette incapacité à se reposer sur autrui, à lui reconnaître sa juste valeur, égale de la mienne, à considérer qu’il ne fera jamais aussi bien que moi.

 

Or cette volonté du tout contrôle, cette puissance de Dieu, est impuissante et illusoire. Rien ne peut se bâtir seul : on  dépend toujours d’autrui. Autrui ce moi qui n’est pas moi. Autrui, mon autre sans lequel je n’existe pas.

 

La toute puissance n’existe pas.

La tragédie de nos vies n’est pas son absence, mais le refus de l’accepter.

Tous les stratagèmes et atténuateurs n’en feront rien et nous perdent chaque jour un peu plus dans cette quête effrénée qui nous ronge de l’intérieur et qui nous fait perdre le fil de notre vie tandis que le tic tac tic tac poursuit inlassablement sa basse œuvre.

 

A l’ère du tout technologique, au contraire de nous libérer et de nous simplifier la vie, la technologie du tout contrôle nous rend toujours plus esclave de nos chimères par l’usage que nous en faisons.

Quand l’homme se veut Dieu, il lui faut toutes les armes nécessaires pour se soustraire de sa condition d’être fini.

 

Qui peut se passer pendant ses vacances de lire la presse ? Comme si ne pas la lire pouvait avoir une quelconque influence sur le monde ?

Qui peut se passer aujourd’hui de partir ne serait-ce qu’un week end sans son sacro saint téléphone portable ?

 

Je mets au défi tout responsable politique, administratif, industriel ou tout autre de se départir de sa connexion au monde.

Pas un ne le fera car trop angoissé de ne pas tout savoir en temps réel et de ne pouvoir gérer et régler lui-même tout problème ici et maintenant.

Comme si pendant leur absence le monde risquait de se figer ou de sombrer dans un chaos effroyable considérant toujours que hors de moi, point de salut.

Et pourtant elle tourne cette planète et nous sommes les descendants des hommes de pierre.

 

Les conséquences sur l’homme moderne, le plus haut degré du règne vivant, sont effroyables.

Enfermement sur soi et refus de considérer l’autre comme responsable, comme égal de soi.

D’où cette incapacité permanente de se reposer, de se ressourcer et de jouir de ces petits moments présents, ces perles de vie.

 

Qui peut savourer quoi que ce soit dans l’attente angoissante du mail qu’il pourrait recevoir, dans la dramatisation de l’information qu’il vient de recevoir et qu’il devra traiter à distance, dans l’incertitude oppressante que les consignes qu’il vient de donner seront bien appliquées.

 

L’absolu contrôle, le refus de lâcher prise…

L’enfermement permanent dans un système de vie et de pensée sans aucune échappatoire qui inéluctablement par épuisement nous fait perdre le sens de la mesure, du jugement apaisé et lucide.

Alors tout devient tragique, effroyable, tout se déforme quand en réalité rien n’est si grave et désespéré.

 

Libérons-nous de nos chaînes du tout contrôle, prenons un peu de hauteur sur nos vies et nos existences, allons respirer par delà les nuages et contemplons le monde tel qu’il est et tel qu’il va.

Elle tourne cette terre, elle tourne : bien avant nous et bien après nous.

 

 

Acte 3 : La recherche de la perfection.

 

Nous vivons dans une société où le droit à l’erreur n’a plus le droit de cité.

 

Un politique a fait un mauvais choix, on réclame sa démission.

Un responsable n’a pas évité un problème, c’est sa compétence qui est remise en cause.

Un élève ne sait lire pas correctement, c’est tout le système qui est remis en cause.

Et pourtant… elle tourne cette terre, elle tourne toujours.

 

L’homme se meurt de ne pas être Dieu, d’être cet être fini et non infini, limité et non illimité.

L’erreur n’est pas humaine, elle est la condition humaine, traduction de notre imperfection.

 

La nature, puissance aveugle, par delà le bien et le mal, source de la vie, qui est tout ce qui est, qui régit le règne vivant, qui permet par sa force et sa fureur, son adaptation, sa complexité, son organisation l’existence dans toutes ses formes, cette nature toute puissante par qui tout est et sans qui rien ne peut être, connaît elle aussi ses ratés.

 

Un mort né, une malformation, une bombe génétique qui explosera plus tard dans nos têtes, une maladie de naissance, une déconfiture psychiatrique…

La nature toute puissante, mère de nos mères, père de nos pères est elle aussi imparfaite : C’est le principe même de la vie.

 

Et nous voudrions exiger de nous-mêmes et des autres cette perfection contraire aux lois élémentaires qui régissent le monde ?

 

Accepter l’erreur n’est pas minimiser sa portée ni être laxiste.

L’erreur est l’expression de notre humanité.

Elle est aussi cette invitation à apprendre, à se dépasser, à progresser, elle participe depuis l’aube de l’humanité à la construction de l’homme.

Refuser l’erreur, c’est refuser l’humain.

C’est attendre de soi et d’autrui l’inaccessible.

C’est par conséquent se condamner à l’insatisfaction permanente, au désagrément quotidien, à la suspicion, la rancœur, la colère, bref toutes ses émotions négatives pour nous parasitent, nous rongent et nous empêchent de savourer les petites perles de vie de l’instant présent.

 

Aime la vérité, mais pardonne l’erreur nous disait Voltaire.

Mais de quel pardon parle-t-on ?

En quoi peut-on blâmer celui qui se trompe ?

Qui sommes-nous pour refuser à autrui sa part d’humanité ? Qui sommes-nous pour imposer à autrui ce que nous ne pouvons pas nous imposer à nous-mêmes et pour nous-mêmes ?

 

L’erreur n’est pas une faute : l’erreur est non intentionnelle, elle n’a pas de portée morale, elle n’est pas là pour faire mal ou à mauvais dessein.

Elle grandit l’homme qui la reconnaît et qui l’accepte.

Elle nous rend humble et doit nous conduire à poser un regard plus apaisé sur nos vies : nous ne sommes que des hommes, nous faisons ce que nous pouvons, nous traversons le temps comme une comète traverse le ciel.

Puis la lumière s’étiole, faiblit et disparait à jamais dans l’obscurité intemporelle.

Et la terre continuera elle de tourner.

 

Pour conclure

 

Saisis-toi de chaque heure. Tu seras moins dépendant de demain si tu t’empares d’aujourd’hui. On remet la vie à plus tard. Pendant ce temps elle passe nous enseignait Sénèque.

 

CARPE DIEM, profitons du jour présent, cueillons la fleur de la vie, enivrons nous de son doux parfum, apprécions le bruit du tic tac qui nous rappelle que le temps passe et que chaque instant est précieux, que cette foule de petits bonheurs quotidiens que nous traversons sans nous en apercevoir sont notre soleil quotidien pourvu que nous prenions de le temps de nous poser, de savourer l’instant fugace, de jouir de l’instant présent car hors de lui rien n’existe.

 

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